Construire une économie des droits humains à travers l’EPU
Les inégalités ne sont pas accidentelles. Les obstacles à l’accès aux services, aux ressources et aux opportunités résultent souvent de choix politiques, de cadres juridiques et de normes sociales que les États perpétuent ou qu’ils ne parviennent pas à contester
Pour lutter contre ces inégalités, il est nécessaire d’adopter une économie des droits humains — une économie qui place les personnes et la planète au centre de la prise de décision économique.
Une économie des droits humains utilise les obligations des États en matière de droits humains pour orienter les politiques fiscales, commerciales, industrielles et d’investissement, aidant les gouvernements à gérer les arbitrages économiques de manière à privilégier la dignité, l’égalité et la durabilité. Dans la pratique, cela signifie aligner les budgets, la fiscalité et la planification économique sur les engagements en matière de droits humains, accroître l’espace budgétaire et renforcer les systèmes de protection sociale grâce à un investissement public équitable et transparent.
Ces questions étaient au cœur de l’Impact Exchange 2025, qui s’est tenu le 11 décembre sous le thème : « Réduire les inégalités par la réalisation progressive des droits économiques, sociaux et culturels : ne laisser personne de côté et promouvoir l’économie des droits humains ». Organisé par le Bureau du Haut-Commissaire aux droits de l’homme (OHCHR) et le Universal Rights Group (URG), avec le soutien de la Friedrich Naumann Foundation (FNF), l’Impact Exchange est une nouvelle plateforme annuelle offrant aux États un espace constructif pour réfléchir à la mise en œuvre, partager des expériences, présenter des données d’impact et exposer des plans futurs liés aux mécanismes des Nations unies en matière de droits humains. La première édition a mis l’accent sur des expériences nationales montrant comment la volonté politique, les ressources et la participation peuvent transformer les engagements du UPR en résultats concrets.
Le World Inequality Report 2026, récemment publié, confirme que les inégalités — à l’intérieur des pays comme entre eux — demeurent parmi les obstacles les plus importants à la réalisation des droits économiques, sociaux et culturels.
Le UPR a le potentiel de devenir un outil puissant pour s’attaquer aux causes profondes de l’exclusion — à condition que les recommandations soient claires, concrètes et suivies d’effet.
Au fil des cycles du UPR, les États reçoivent régulièrement des recommandations portant sur l’accès équitable à l’éducation, le renforcement des systèmes de santé, la protection sociale et la réduction des inégalités structurelles. De manière cruciale, le nombre de recommandations liées aux droits économiques, sociaux et culturels (DESC) a considérablement augmenté au fil du temps, reflétant une reconnaissance croissante que les droits civils et politiques ne peuvent être réalisés isolément des conditions économiques et sociales.
Entre le premier et le troisième cycle du UPR, les recommandations relatives au droit à la santé ont augmenté de près de 380 %, passant de 508 à 2 426. Celles concernant le droit à l’éducation ont plus que triplé sur la même période, tandis que les recommandations sur les droits du travail ont progressé de près de 290 %. Même dans des domaines traditionnellement moins abordés, comme le logement, le nombre de recommandations a presque triplé au fil des cycles.
UPR Info et l’économie des droits humains
Depuis 2019, UPR Info met l’accent sur le lien entre droits humains et économie, et sur le rôle central des DESC dans l’Examen Périodique Universel (UPR). L’objectif : encourager les États à formuler des recommandations concrètes et efficaces, capables de produire un véritable impact pour toutes et tous sur le terrain.
Pour cela, UPR Info développe des actions de renforcement des capacités, avec des formations inclusives pour diplomates en collaboration avec l’OHCHR, des échanges entre pairs et l’accompagnement des défenseur·e·s des droits humains pour un engagement plus stratégique et participatif dans le processus UPR.
“ Mettre en œuvre les recommandations UPR liées aux DESC est essentiel pour réduire les inégalités mondiales, renforcer la cohésion sociale et garantir que chaque personne puisse exercer pleinement ses droits, sans discrimination. »
Mona M’Bikay, Directrice exécutive de UPR Info
Lors de l’Impact Exchange, Mona M’Bikay, Directrice exécutive de UPR Info, a mis en avant des exemples concrets de pays illustrant ce qui devient possible lorsque les engagements du UPR sont soutenus par la volonté politique, des ressources adéquates et une participation significative. Dans le domaine de l’éducation, la Sierra Leone a supprimé les frais de scolarité et investi dans la formation des enseignants, contribuant à une augmentation significative de l’inscription des filles, tandis que le Portugal a renforcé l’éducation inclusive pour les enfants migrants et roms, améliorant la rétention scolaire. Dans le secteur de la santé, la Thaïlande a étendu la couverture santé universelle aux enfants et aux travailleurs migrants non documentés, et l’Uruguay a développé des cliniques mobiles rurales et augmenté les investissements dans la santé sexuelle et reproductive.
Les inégalités de genre et la pauvreté continuent de limiter la jouissance des DESC à l’échelle mondiale. La participation des femmes au marché du travail reste à seulement 47 %, limitée par le travail non rémunéré de soins et des normes discriminatoires. Pourtant, les recommandations du UPR ont soutenu des réformes telles que l’expansion du budget sensible au genre au Canada et le renforcement des systèmes de protection sociale au Brésil, au Maroc et aux Fidji, permettant de mieux atteindre les populations les plus vulnérables.
Pour que les recommandations UPR liées aux DESC aient un impact durable, les États doivent investir dans des mécanismes nationaux de suivi solides, une participation inclusive, la collecte de données désagrégées et la mise en œuvre au niveau local. Il est également essentiel de formuler des recommandations qui renforcent les systèmes de protection sociale, élargissent l’accès universel à des services de santé et d’éducation de qualité, promeuvent le travail décent, réduisent les inégalités économiques entre les genres et favorisent des politiques fiscales et redistributives fondées sur les droits humains.
Comme l’a conclu M’Bikay, ce moment appelle à un renouvellement de l’engagement pour une mise en œuvre concrète, une participation significative et un changement transformationnel, et pour la promotion d’une économie des droits humains qui profite aux personnes et à la planète.