24/09/2026

Les droits de l’enfant au Congo : un marathon, pas un sprint

« Je suis fier de dire que, grâce à notre engagement dans l’EPU et auprès du Comité des droits de l’enfant, nous avons entrepris plusieurs initiatives de plaidoyer qui ont renforcé notre reconnaissance et notre légitimité dans l’action pour la promotion et la protection des droits de l’enfant. » Joseph Bikie Likibi

Pour Joseph Bikie Likibi, Coordinateur national du Réseau des intervenants sur le phénomène des enfants en rupture (REIPER), la défense des droits de l’enfant est ancrée dans une expérience vécue. En grandissant en République du Congo, il a vu de nombreux enfants et jeunes livré·e·s à eux-mêmes, privé·e·s de droits fondamentaux, de protection et d’opportunités.

Ses premiers pas se sont faits à travers le travail communautaire : soutenir des enfants, accompagner des jeunes et intervenir dans des quartiers difficiles. Avec le temps, Joseph a toutefois compris que le soutien individuel ne suffisait pas. « Il ne suffisait pas d’aider un enfant à la fois », explique-t-il. « Il fallait aussi agir sur les mécanismes d’accompagnement, les politiques publiques et les dispositifs juridiques. »

Aujourd’hui, son travail se concentre sur la défense des droits des enfants les plus vulnérables, en particulier les enfants en situation de rue, les enfants privé·e·s de liberté, les enfants victimes de violence, les enfants exclu·e·s de l’école ou non inscrit·e·s à l’état civil, ainsi que celles et ceux qui n’ont pas un accès adéquat aux services de santé.

REIPER

De la protection de l’enfant au plaidoyer dans le cadre de l’EPU

À travers le REIPER, Joseph travaille pour que les enfants souvent exclu·e·s des discussions de politique publique soient entendu·e·s et protégé·e·s. Ce travail est étroitement lié à l’Examen périodique universel (EPU), qui offre aux organisations de la société civile un espace pour porter les réalités nationales, les informations et les recommandations à l’attention des autorités nationales comme de la communauté internationale.

Lors de son quatrième cycle de l’EPU, en janvier 2024, la République du Congo a reçu 18 recommandations soutenues appelant spécifiquement au renforcement des mesures de protection des enfants en situation de vulnérabilité, notamment les enfants touché·e·s par la discrimination, la traite et d’autres formes d’exploitation ou de violence. Au-delà de ces recommandations, l’examen a également porté sur d’autres enjeux liés aux droits de l’enfant, notamment les services sociaux, l’éducation et le mariage d’enfants. 

Pour Joseph et le REIPER, ces recommandations constituent des points d’appui importants pour le plaidoyer et le suivi au niveau national, en reliant les engagements internationaux à des mesures concrètes de protection de l’enfant.

L’une des réalisations que Joseph met en avant est sa participation à la préparation et à la validation de la loi n° 04-2010 portant protection de l’enfant, cadre national de la République du Congo pour les droits de l’enfant. Quinze ans après son adoption, le Gouvernement a signé en 2025 deux arrêtés ministériels essentiels à sa mise en œuvre. Le premier institue l’Observatoire de l’enfance en danger, chargé de surveiller, d’analyser et de prévenir les mauvais traitements, tout en renforçant la protection des enfants victimes de violence. Le second met en place un système d’alerte rapide pour l’enfance en danger, conçu pour identifier, signaler et prévenir plus efficacement les situations de maltraitance.

Pour Joseph, cette avancée est importante car la protection juridique ne prend tout son sens que lorsqu’elle est traduite dans la pratique. L’adoption de ces mesures reflète des années de plaidoyer mené par le REIPER et ses partenaires, et marque une étape importante vers une protection de l’enfant plus effective en République du Congo.

 

Créer des liens grâce à UPR Info

L’engagement de Joseph dans l’EPU a également été soutenu par sa participation aux Pré-sessions d’UPR Info. Pour lui et pour le REIPER, ces espaces ont permis de relier les réalités vécues par les enfants en République du Congo aux opportunités de plaidoyer international. Parallèlement à la préparation de rapports alternatifs et au plaidoyer mené au niveau national, les Pré-sessions ont offert un moyen de rapprocher les préoccupations liées aux droits de l’enfant des États formulateurs de recommandations et de renforcer le suivi après l’examen.

Joseph souligne également l’utilité de la base de données d’UPR Info, qui permet de rechercher les recommandations formulées par les États lors de l’examen et de les utiliser dans le plaidoyer. Pour des organisations comme le REIPER, l’accès à ces informations est essentiel pour préparer des rapports, identifier les priorités et assurer le suivi des recommandations au niveau national.

Construire le dialogue pour les droits de l’enfant

L’engagement dans l’EPU, ainsi qu’auprès du Comité des droits de l’enfant, a renforcé la reconnaissance du REIPER comme acteur de la promotion et de la protection des droits de l’enfant. Aujourd’hui, le REIPER est régulièrement invité aux consultations nationales sur la protection de l’enfant et a formalisé sa coopération avec les autorités publiques, notamment à travers un accord de partenariat avec le ministère chargé des affaires sociales.

L’une des principales leçons que Joseph tire de son engagement dans l’EPU est que les progrès en matière de droits humains dépendent de la collaboration. Pour lui, l’EPU montre que la protection des droits exige un engagement continu entre les gouvernements, la société civile, les institutions nationales et le système des Nations Unies.

Cette approche façonne également le travail quotidien du REIPER. L’organisation collabore avec les ministères, la commission nationale des droits humains et d’autres actrices et acteurs afin d’améliorer l’accès aux droits, de renforcer la protection et de lutter contre les discriminations.

 

« Derrière chaque rencontre, une synergie se crée », explique Joseph. « Et derrière chaque représentation, il existe une occasion de renforcer la collaboration pour la promotion des droits, l’accès aux droits et le rejet de toutes les formes de discrimination. »

Une course de fond

Pour l’avenir, Joseph souhaite poursuivre son travail de protection des enfants et des adolescent·e·s en République du Congo face aux multiples formes de violence auxquelles ils et elles sont confronté·e·s, notamment les violences physiques, sexuelles, économiques et en ligne. Cela inclut les enfants en situation de rue et les enfants en conflit avec la loi, qui font souvent face à la stigmatisation, à l’exclusion et à un manque de protection.

Pour Joseph, l’EPU est plus qu’un examen des Nations Unies. C’est un processus qui encourage les États à améliorer leur bilan en matière de droits humains par le dialogue et les recommandations. C’est aussi un outil que la société civile peut utiliser pour maintenir les droits de l’enfant à l’ordre du jour, renforcer la coopération avec les autorités publiques et promouvoir des changements concrets.

Protéger les droits de l’enfant exige du temps, de la confiance et un plaidoyer continu. Cela signifie travailler avec les communautés, les institutions et les mécanismes internationaux, tout en gardant les réalités des enfants au centre.

Pour Joseph et le REIPER, « ce n’est pas une course de vitesse, mais une course de fond » : faire en sorte que chaque enfant, en particulier les plus vulnérables, puisse vivre dans la dignité, bénéficier d’une protection effective et avoir accès à ses droits.

Pays: Congo