17/08/2026

Utiliser l’EPU pour soutenir les familles des personnes disparues aux Philippines

« L’EPU est une occasion de trouver un terrain d’entente, quelles que soient les fragmentations existantes » — Cecille Baello

UPR Info a rencontré Cecille Baello à Genève alors qu’elle participait au Human Rights Defender Advocacy Programme de l’ISHR. À cette occasion, elle a expliqué comment les familles des personnes disparues aux Philippines utilisent l’EPU pour porter leur lutte pour la vérité et la justice au niveau international.

Pour les familles des personnes disparues, la recherche de la vérité et de la justice est souvent longue, douloureuse et profondément personnelle. Aux Philippines, l’organisation Families of Victims of Involuntary Disappearance est une organisation nationale qui soutient les familles à la recherche de proches victimes de disparition forcée. Fondée il y a plus de 40 ans, FIND réunit des proches de victimes, des ami·e·s et des défenseuses et défenseurs des droits humains, et travaille en étroite collaboration avec des réseaux plus larges de défense des droits humains dans tout le pays.

 

Pour Cecille Baello, Secrétaire générale adjointe de FIND, l’Examen périodique universel (EPU) constitue un espace important pour porter ces réalités à l’attention de la communauté internationale. Il permet aux organisations de la société civile de relier les expériences locales aux recommandations internationales, de construire des positions communes avec d’autres actrices et acteurs, et de maintenir la pression en faveur d’actions concrètes.

L’engagement de Cecille en faveur des droits humains a commencé lorsqu’elle était étudiante à l’université, bien avant qu’elle ne rejoigne FIND. Cet engagement a ensuite été renforcé par un lien personnel avec un cas de disparition forcée.

Cecille Baello - Philippines People behind the upr

Aujourd’hui, son travail consiste à soutenir les familles des personnes disparues, en créant des espaces où elles peuvent retrouver confiance, se réapproprier leur histoire et développer les compétences nécessaires pour plaider en faveur de la justice. Grâce au renforcement des capacités et au travail communautaire, FIND accompagne leur parcours de victimes à survivant·e·s, puis à défenseuses et défenseurs des droits humains. Pour Cecille, l’un des aspects les plus gratifiants de son travail est de voir les familles dépasser leur cas individuel et rejoindre une lutte plus large pour les droits humains et la justice sociale. 

Comme elle l’explique :

 

 « Parce que ces familles font partie de la communauté, elles ne restent plus attachées uniquement à leur propre cas : elles voient chaque cas de disparition comme une cause pour laquelle elles se battent aussi. »

Cette approche collective a également façonné l’engagement de FIND dans l’EPU, où la question des disparitions forcées a été soulevée à plusieurs reprises tout au long des cycles d’examen des Philippines.

Les disparitions forcées dans le parcours des Philippines à l’EPU

Les disparitions forcées constituent une question récurrente dans tous les cycles de l’EPU des Philippines. 

Depuis le premier examen du pays en 2008, les États ont formulé 50 recommandations appelant les Philippines à prévenir les disparitions forcées, enquêter sur les cas, lutter contre l’impunité et ratifier la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées.

Lors de son examen le plus récent, en novembre 2022, les Philippines ont reçu 15 recommandations, dont 8 appelaient spécifiquement à la ratification de la Convention. Au total, 14 États ont soulevé la question de la ratification. La réponse du gouvernement a toutefois révélé une position nuancée : il a accepté les recommandations encourageant les Philippines à envisager la ratification, comme celles formulées par l’Eswatini et l’Iraq, mais a seulement pris note des recommandations appelant explicitement à la ratification, notamment celles du Chili et du Danemark. 

Cette position reflète l’approche de longue date du gouvernement, selon laquelle, depuis l’adoption d’une loi nationale sur les disparitions forcées, la ratification de la Convention ne constitue plus une priorité.

Trouver des ouvertures pour le changement

Malgré les nombreux défis liés aux disparitions forcées aux Philippines, Cecille estime que les progrès se construisent souvent à travers de petites avancées porteuses de sens. L’une des réussites récentes de FIND a été l’ouverture d’un dialogue avec la Commission des droits humains des Philippines, le Bureau des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) aux Philippines et des agences gouvernementales. Ces discussions ont conduit la Police nationale philippine à commencer à élaborer, pour la première fois, un protocole pour localiser les personnes disparues, ainsi que des lignes directrices visant à garantir que les forces de sécurité traitent les cas de disparition forcée avec davantage de sensibilité. Bien que cette initiative dépasse le cadre strict du processus de l’EPU, elle répond à des recommandations de longue date formulées lors des examens des Philippines, qui ont régulièrement appelé à des enquêtes plus solides, à une plus grande redevabilité et à des mesures plus efficaces pour prévenir les disparitions forcées.

Des obstacles importants subsistent néanmoins. Documenter les cas reste souvent difficile, car de nombreuses familles craignent de témoigner, tandis que certaines autorités continuent de nier l’existence de disparitions forcées. Pour Cecille, maintenir l’attention internationale est donc essentiel : cela permet non seulement de donner de la visibilité aux enjeux de droits humains aux Philippines, mais aussi d’accroître la pression sur le gouvernement pour qu’il prenne des mesures concrètes.

 

Construire une voix commune grâce à l’EPU

Le travail de plaidoyer de FIND a contribué à façonner le débat sur les disparitions forcées lors du quatrième cycle de l’EPU des Philippines. L’appel à la ratification de la Convention internationale par les Philippines, ainsi que l’invitation faite au gouvernement à renforcer ses enquêtes, lutter contre l’impunité et veiller à ce que les responsables de disparitions forcées rendent des comptes, figuraient parmi les recommandations formulées par les États lors de l’examen des Philippines.

 

Cecille Baello - Philippines People behind the upr 2

Pour Cecille, cette influence est le résultat d’un processus de consultation qui précède chaque cycle de l’EPU. FIND participe à de nombreuses consultations organisées par la Commission des droits humains des Philippines, le Bureau des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), les missions diplomatiques et les réseaux de la société civile. Ces réunions permettent aux organisations d’échanger des informations, d’identifier des priorités communes et, finalement, d’élaborer des rapports conjoints et des recommandations — qu’il s’agisse de disparitions forcées, de droits du travail ou de droits environnementaux — contribuant ainsi à présenter une image complète de la situation des droits humains.

« L’EPU est un engagement continu avec d’autres organisations de la société civile », explique Cecille. 

Elle encourage les organisations de la société civile à construire des coalitions plus larges plutôt qu’à travailler de manière isolée. Le partage d’informations, la combinaison des expertises et la capacité à mettre de côté les différences permettent aux organisations de porter les réalités du terrain au niveau international avec une voix plus forte et plus unifiée.

Pour Cecille, l’EPU représente une tapisserie, dans laquelle chaque organisation apporte un fil, une couleur et un motif différents. 

« Pour qu’elle soit visible, chacun doit tenir un coin, un côté. C’est quelque chose que nous construisons ensemble, et non seul·e·s », dit-elle. 

Une métaphore forte, qui illustre à la fois l’interdépendance des droits humains et l’effort collectif nécessaire pour les protéger.

Pays: Philippines